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Loup dans le Cantal : les éleveurs de moutons désormais éligibles aux aides à la protection des troupeaux

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A environ 8 kilomètres à vol d’oiseau du Puy Mary dans le Cantal, en lisière de moyenne montagne, aux portes d’une zone inhabitée de la vallée de Collandres, au lieu dit Lextrait , Adrien Brugière s’accroche à son activité avec abnégation. En début d’année, il a repris les rênnes de la ferme de son père, malgré les difficultés et la menace du loup. 
 

Des aides pour protéger les troupeaux 

L’arrêté préfectoral du 5 février 2020 qui délimite pour la première fois cette année, des zones éligibles aux aides contre la prédation pour les éleveurs ovins et caprins, classe Collandres et 5 autres communes des Monts du Cantal dans le cercle 1. Dans cette zone, la prédation du loup est avérée par au moins une attaque sur le cheptel sur les deux dernières années. A peine délimité, ce zonage s’est avéré pertinent.
Dans la nuit du 8 au 9 février, en plein hiver l’éleveur a déploré la première attaque de l’année dans le Cantal. “J’avais sorti les brebis qui n’attendaient pas d’agneaux, pour  avoir plus de place dans la grange, il a fait un hiver assez clément.Les chiens n’étaient pas dehors “ raconte l’éleveur. Le lendemain matin, à 200 mètres de la grange, il retrouve deux brebis, chacune avec une épaule arrachée et des traces de crocs au niveau du cou. “Les agents de l’Office Français de la Biodiversité (ancienne ONCFS) venus faire le constat ont conclu direct : loup non exclu. Il n’y avait pas de doute”. Depuis, pas d’autres dégâts à signaler sur les 200 brebis de son troupeau. Un cheptel fortement réduit par les pertes enregistrées en 2019. “Une année noire” se souvient  Adrien Brugière. “Près d’une quarantaine de victimes, brebis et agneaux tués.Tous les constats ont conclu : loup non exclu” souligne t-il. A part pour une seule attaque, la plus meurtrière: 25 bêtes tuées, le 3 mai 2019. “Ils n’ont pas voulu reconnaître que c’est le loup, mais ça va passer au tribunal, ils ont dit que c’étaient des chiens “ souffle l’éleveur.
 
Sur 62 constats réalisés en 2019 dans le Cantal, le loup n’est pas exclu dans 42 cas, soit 150 animaux morts et 40 blessés. Le montant des indemnisations versées s’élèvé à près de 41 000 euros. Des attaques certes, en augmentation, mais qui ne sont pas toutes imputables au loup . “Cela étant, pour 60 % des attaques, la suspicion est réelle et le loup n’a pas été exclu. L’origine de la prédation reste difficile à évaluer avec certitude” précise la Préfecture du Cantal sur son site internet. Adrien Brugière, lui, a depuis longtemps identifié le principal coupable. Bon gré, mal gré, avec la volonté de mieux protéger son troupeau, l’éleveur a adhèré avec scepticisme au dispositif d’aides prévu par le Plan national d’actions sur le loup ( 2018-2023). Plan qui vise à concilier les activités d’élevage avec la présence du prédateur, en fonction des zonages réalisés dans chaque département. Ces aides prévoient dans le cercle 1 , plusieurs options, dont un financement à 80% pour l’achat de chiens de protection et à 100% pour leur entretien. L’éleveur a déjà deux bergers d’Anatolie qu’il est allé chercher dans les Alpes. Du coup, il projette d’en acquérir deux autres. ” Un forfait de 800 euros par ferme, ça permet d’assurer les frais vétérinaires, l’alimentation” se réjouit t-il .”Ces aides financent aussi 80% des installations de parcs électrifiés pose comprise. J’ai déjà le projet de clôturer une parcelle de 5 hectares, mais au niveau administratif, c’est très lourd “ regrette Adrien Brugière.

Un zonage et des critères inadaptés ?  

L’ouverture des droits pour les éleveurs aux aides destinées à protéger les troupeaux doit répondre à des critères très encadrés par l’arrêté OPEDER qui délimite les zones concernées.” Ceux qui sont en cercle 1 ont l’obligation de mettre en place 2 mesures de protection sur les 3 prévues. S’ils ne les ont pas mises en place, au bout de deux dégâts successifs, ils ne sont plus indemnisés !” souligne Vincent Nigou, responsable du Pôle juridique “installation et territoire” à la chambre d’agriculture du Cantal, par ailleurs en charge du dossier loup. “L’année dernière, sans les cercles, les éleveurs pouvaient être indemnisés autant de fois qu’ils avaient une attaque ou le loup n’était pas exclu” ajoute t-il. Du coup, le cerclage a suscité beaucoup de débats.” D’un côté, ça permet de mettre en place des mesures plus efficaces à la protection des troupeaux, mais de l’autre, celui qui n’aura pas voulu ou pas pu …” laisse t-il en suspens.“Dans le Massif Central, le profil agricole n’est pas le même que dans les communes des Alpes à partir desquelles a été contruit le Plan loup” soutient t-il. “Quelques éleveurs ovins sont disséminés au milieu de nombreux éleveurs bovins. Si on applique ces critères à la lettre chez nous, il faut attendre que le seul, ou les deux ou trois éleveurs d’une commune, subissent suffisamment d’attaques pour quasiment disparaître, avant qu’ils puissent accéder à l’étape d’après”.
 
En principe selon la Préfecture, les exploitations déjà équipées de protections, peuvent bénéficier de mesures dérogatoires afin de se défendre en cas d’attaque.
En 2019, 6 éleveurs ont pu être autorisés à pratiquer les tirs de défense simples. Mais les professionnels souhaiteraient que les éleveurs bovins, exclus du dispositif, puissent aussi contribuer à la protection des troupeaux. “Aujourd’hui, seuls les éleveurs ovins caprins peuvent demander les tirs de défense. “Ça reste compliqué de prélever un loup” constate Vincent Nigou. “Un éleveur qui est sans cesse sous la pression du loup, certes il peut accéder à des tirs de défense, mais à partir du moment où les attaques sont répétitives. Seulement s’il a mis en place les mesures demandées et seulement sur le périmètre de son exploitation. Dans le champ d’à côté , il ne peut pas” avance t-il. 
 

“Ni le loup, ni les aides ! “

“Personnellement, je préférerais qu’il n’y ait pas de loups et que nous n’ayons pas d’aides!” lâche dépité Didier Fournier, éleveur ovin de la vallée du Mars au Vaulmier. Il résume le sentiment prédominant dans la profession. ” On prend parce qu’on n’a pas le choix. Pour se protéger, on est obligé d’avoir une aide financière indispensable pour assumer le coût des chiens, des parcs électrifiés, de la surveillance” admet l’éleveur. Les deux dernières attaques subies par son troupeau de brebis remontent déjà à mai et octobre de l’année dernière. Mais il reste sur le qui vive.” Ça limite le risque oui, mais on sait très bien qu’à terme, ça n’empêche pas le prédation. Cette année, ça fait trois semaines que j’ai les brebis en estive. Il n’y a pas un seul jour ou je n’ai pas la boule au ventre. “Ça” insiste-t-il, “l’argent ne va pas le compenser, les gens ne peuvent pas le comprendre” conclut l’éleveur amer. Le Vaulmier, figure parmi les 79 zones ou communes du Cantal classées dans le deuxième cercle, là où “la survenance de la prédation du loup est possible pendant l’année en cours”. Dans ce cas, les éleveurs ne peuvent souscrire qu’une seule mesure de protection.
 

Plus de traces du loup en Haute-Loire ?

En Haute-Loire, 4 communes sont classées cette année dans le cercle 2. Mais aucune n’est dans le premier cercle. L’an dernier, Chanaleilles, Thoras et Pradelle en faisaient partie. “On peut aussi s’en féliciter, ça prouve que le niveau de prédation en Haute-Loire diminue” constate Claude Font, chargé du dossier loup à la fédération nationale ovine (FNO). “Par contre, poursuit-il, le cercle 2 se renforce, c’est à dire des zones susceptibles d’être prédatées et notamment au sud de la Haute-Loire en bordure de la Lozère”. 70 autres communes de Haute-Loire intègrent cette année, le cercle 3, nouvellement créé. Dans cette zone, les actions de prévention sont seulement “encouragées” en raison de “la survenue possible de la prédation du loup à moyen terme”. Contrairement au Puy-de-Dôme qui a été placé intégralement en zone 3, la Haute-Loire a limité son extension. “Le choix que l’on a fait, c’est de ne pas étendre le cercle 3 qui ouvre droit à la protection des troupeaux uniquement par le biais d’un financement pour les chiens. On ne voulait pas multiplier la problématique des chiens avec le voisinage. Les relations avec randonneurs et touristes souvent sont difficiles” justifie Claude Font. Selon lui, les craintes de la profession sont toujours d’actualité. “Le Plan loup national qui va jusqu’en 2023, prévoit deux objectifs : la préservation du loup et la baisse de la prédation des troupeaux. Mais force est de constater que l’année dernière, 12 000 brebis ont été victimes du loup, malgré un nombre de prélèvements de loups supérieur aux années précédentes !” s’exclame t-il.
A l’issue de l’hiver 2018-2019, la population de loups en France est estimée à 530 individus.



Source France 3

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