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Non à la chasse d’été du renard et du chevreuil dans le Jura : la pétition en ligne recueille 64.000 signatures

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Le texte a été remis ce mardi 19 mai au Préfet du Jura, à Lons-le-Saunier. Paraphée par plus de 64 000 personnes, une pétition en ligne revendique une “nature où la tranquillité et la sérénité prévalent sur la violence gratuite et l’insécurité.” Le collectif à l’origine de cette initiative, Nature Jura, estime que l’ouverture anticipée de la chasse remet en cause un accès sécurisé et serein à la nature, et induit des dommages majeurs sur les populations de chevreuils, mais aussi de renards. La fédération de chasse du Jura, voit quant à elle des « officines anti-chasse » derrière les signataires.
 

Deux camps irréconciliables

La chasse d’été, autorisée depuis 1993 dans le Jura, est une pratique encadrée par arrêté préfectoral. Chaque année, elle permet aux chasseurs qui ont suivi une formation spécifique, dispensée par la fédération, de tirer certains animaux dès le 1er juin, avant l’ouverture générale de la chasse, en septembre. Dans le Jura, c’est le chevreuil, le daim, et le sanglier, dans les zones où des dégâts sont avérés pour ce dernier.

Pour le chevreuil, seuls les brocards (les mâles) et les femelles blessées ou « anormalement constituées » peuvent être abattus selon l’arrêté qui doit être appliqué prochainement. « Ce tir permet d’éliminer les animaux malades. C’est une chasse aux prélèvements limités », explique Christian Lagalice, président de la fédération de chasse du Jura. « Selon lui, entre 50 et 70 chevreuils seraient ainsi tués chaque été, quand le minimum de « prélèvements » autorisés est de 2.730 pour la saison 2020-2021.
 

Le tir à l’approche ou à l’affût du chevreuil mâle peut être pratiqué tous les jours du 1er juin 2020 à l’ouverture générale de la chasse, sauf le mardi. / © Nature Jura
Le tir à l’approche ou à l’affût du chevreuil mâle peut être pratiqué tous les jours du 1er juin 2020 à l’ouverture générale de la chasse, sauf le mardi. / © Nature Jura

 

Ce n’est pas le premier animal venu, c’est l’animal choisi. Ce n’est pas une chasse quantitative.
Christian Lagalice, président de la fédération de chasse du Jura

La régulation des espèces n’est pas un argument valable pour Patrice Raydelet. Fondateur du Pôle grands prédateurs du Jura et signataire du texte, il s’oppose vivement à ce rôle attribué aux chasseurs. « La nature n’a jamais eu besoin de ça, on n’a aucune régulation à faire. » D’autant plus, selon lui, que cette pratique vient déséquilibrer l’écosystème de l’espèce : « Il n’y a jamais un prédateur qui décide de ne supprimer que les mâles. »

L’arrêté préfectoral prévoit que chaque « animal prélevé » doit être déclaré à la fédération de chasse, qui établit en fin d’année un bilan communiqué à la Direction départementale des territoires. Mais le collectif Nature Jura dénonce une absence de contrôle a posteriori, y compris pour les femelles malades : « C’est purement déclaratoire, il n’y a pas de définition de ce qu’est un animal mal conformé. Ça frise l’eugénisme. »

 

 

Le renard, un « dommage collatéral »

Seules les espèces autorisées peuvent en principe être chassées. Mais par extension, le renard, pourtant non mentionné dans l’arrêté de la préfecture, est devenu une espèce dont la chasse anticipée est devenue légale en 2007 selon les services de l’Etat. Une tolérance mentionnée sur le site de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) : « tout détenteur d’un plan de chasse chevreuil ou d’autorisation individuelle de tir du sanglier [peut] également, tirer le renard jusqu’à l’ouverture générale. »
 

La chasse du renard n’était qu’un effet collatéral, et c’est devenu un usage, une chasse sans limite. Ça a abouti à des comportements excessifs.
Le collectif Nature Jura

Dans la pétition, le collectif Nature Jura évoque la contribution du renard dans la lutte contre les rongeurs, et leurs conséquences sur les cultures agricoles, mais aussi dans la lutte contre la propagation de la maladie de l’echinococcose, démontrée par une étude de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES) et de l’Université de Franche-Comté en 2017. De son côté, la fédération départementale de chasse jure que les renards ne sont « pas davantage » tirés que les chevreuils. Christian Lagalice assure par ailleurs que seuls 10% des chasseurs pratiquent cette chasse, qui, en solitaire et sans chien, nécessite du temps pour débusquer un animal.
  
 

La fédération de chasse du Jura assure que moins de 70 renards sont abattus durant les tirs d'été, autorisés depuis 2007 pour cette espèce. / © Nature Jura
La fédération de chasse du Jura assure que moins de 70 renards sont abattus durant les tirs d’été, autorisés depuis 2007 pour cette espèce. / © Nature Jura

 

La chasse d’été est-elle risquée pour les promeneurs?

Autre casus belli entre les chasseurs et les signataires de la pétition, le droit de pouvoir jouir librement de la nature, revendiqué des deux côtés. Un conflit de toujours, entre les chasseurs, qui se positionnent régulièrement comme des défenseurs de la nature, et même comme « les premiers «écologistes de France », et les membres des collectifs comme Nature Jura, qui voient dans la chasse telle qu’elle est pratiquée une menace pour les promeneurs.

La pétition évoque « une très large majorité » de la population favorable à un accès sécurisé à la nature, mis « en péril » par la chasse d’été. Une assertion qui n’est pas chiffrée, mais que les 1800 commentaires des signataires du texte, qui vont peu ou prou dans le sens d’une plus grande régulation de la chasse, viennent étayer, selon Nature Jura. « Des Belges ont même écrit que si la chasse était autorisée ils ne viendraient plus, à une période de l’année où le Jura se veut attractif », plaide le collectif. Pourtant, chaque année, le tourisme ne semble pas pâtir de cette pratique, en tout cas pas officiellement. La fédération de chasse du Jura y voit même un atout supplémentaire du département pour attirer les visiteurs.

Il y a une dimension sociale bien plus importante que la dimension cynégétique. C’est une question d’ordre public.
Le collectif Nature Jura

Quant au risque pour les promeneurs, il fait plutôt rire Christian Lagalice, président de la fédération : « Le tir d’été, c’est le matin de bonne heure et le soir au crépuscule. On ne me fera pas croire qu’on gêne les promeneurs. » En effet, contrairement au reste de la saison, la chasse d’été ne peut se pratiquer, selon l’arrêté, que de 1 heure avant l’heure légale du lever du soleil jusqu’à 10 heures le matin, et de 19 heures jusqu’à 1 heure après l’heure légale du coucher du soleil le soir. « L’été on a aussi envie et le droit d’être dans les bois tôt le matin », balaye Florence Lethier, porte parole du collectif Nature Jura. « C’est un ras-le-bol d’être constamment en crainte de recevoir une balle », résume Patrice Raydelet, fondateur du Pôle grands prédateurs du Jura.
 
 

Consultation publique jusqu’au 20 mai

L’arrêté préfectoral qui règlemente la chasse anticipée est publié chaque année à cette période, et mis à la disposition du public les semaines précédentes. Cette consultation publique, qui se termine ce 20 mai 2020, vise à recueillir les éventuels commentaires des personnes qui y ont contribué, et à adapter la législation en conséquence. Pour Nature Jura, c’était donc l’occasion de créer un débat citoyen : « L’objectif était que les gens se positionnent par rapport à la consultation publique », explique Florence Lethier, porte-parole du collectif.
 

Si on a fonctionnement démocratique, on attend une remise en cause de l’arrêté. On est en droit de penser qu’énormément de personnes seront opposées.
Patrice Raydelet, fondateur du Pôle grands prédateurs du Jura

Cette consultation publique a-t-elle réellement un impact sur l’écriture de l’arrêté ? La préfecture du Jura répond à France 3 Franche-Comté qu’une synthèse des messages est confiée au préfet qui décidera “soit la signature de l’arrêté, soit des modifications suite aux remarques, soit le retrait du projet.” Les services du préfet précisent par ailleurs que la consultation sur l’ouverture de la chasse d’été a eu lieu en juin 2019, et que la consultation actuelle ne concerne que ses modalités.

« On s’est rendus compte que nos avis n’étaient pas toujours pris en compte », conteste Patrice Raydelet. D’où l’idée de la pétition, partagée au plus grand nombre via les réseaux sociaux : « A ma connaissance c’est la première fois qu’il y a un tel score. Cette étape sera décisive. » Le collectif Nature Jura espère bien renverser la vapeur pour la première fois, et faire limiter, si ce n’est interdire la chasse d’été. Dans le cas contraire, des réunions entre citoyens et d’autres actions sont envisagées.

 



Source France 3

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