Une boiterie après une longue promenade, un jeune chien qui rechigne à monter en voiture, un vendeur qui parle de « hanches radiographiées » sans montrer de résultat : la dysplasie est le sujet articulaire qui revient le plus souvent chez les propriétaires de Rottweiler, et celui où circulent le plus d’approximations. Il s’agit d’une affection génétique modulée par l’environnement, dont le dépistage obéit à un protocole officiel précis. Pour replacer ce sujet dans l’ensemble des dépistages et de la prévention des maladies chez le Rottweiler, commencez par notre dossier de fond.
Qu’est-ce que la dysplasie, concrètement ?
La hanche se forme de façon imparfaite, ce qui crée une laxité articulaire : la tête fémorale ne reste pas correctement emboîtée. Ce mouvement anormal déforme progressivement l’acétabulum, use le cartilage et fait apparaître des ostéophytes. À terme, la laxité produit de l’arthrose (Cornell University College of Veterinary Medicine ; American College of Veterinary Surgeons).
L’ACVS décrit deux profils cliniques distincts : de jeunes chiens présentant une laxité sans arthrose installée, et des chiens matures chez qui l’arthrose est constituée. Au coude, le grade attribué reflète l’arthrose secondaire et les lésions primaires — processus anconé non soudé, processus coronoïde fragmenté, ostéochondrite disséquante, incongruence articulaire.
Le Rottweiler est-il particulièrement concerné ?
La race est nommément citée parmi celles qui sont prédisposées à la dysplasie de la hanche (Cornell). Pour le coude, la donnée est plus marquante encore : dans l’analyse de la base OFA publiée dans PLOS ONE en 2013 (760 455 évaluations de hanche et 135 409 de coude entre 1970 et 2009), le Rottweiler présente l’incidence de dysplasie du coude la plus élevée des 21 races disposant de données suffisantes, jusqu’à 8 %, avec une dégradation génétique de ce caractère après 2000.
Ce pourcentage doit être lu avec sa réserve : les auteurs signalent que « les déclarations volontaires sont fortement biaisées contre l’exposition des chiens présentant des problèmes ». Autrement dit, les chiffres OFA sous-estiment la prévalence réelle. Aucun taux unique de dysplasie de la hanche n’est publiable pour la race.
Quels signes doivent alerter ?
Les manifestations sont rarement spectaculaires au début. Ce qui doit conduire à consulter :
- Boiterie intermittente ou d’effort, souvent plus nette après le repos ;
- Difficulté à se lever, à monter un escalier, à sauter dans le coffre ;
- Démarche chaloupée de l’arrière-main, foulée raccourcie ;
- Baisse d’activité, jeu écourté, réticence à l’exercice ;
- Au coude : boiterie d’un antérieur, coude porté écarté du corps.
Ces signes peuvent évoquer une atteinte articulaire, mais seul un examen vétérinaire complété d’une radiographie permet de conclure. Retenez surtout l’inverse : selon l’ACVS, beaucoup de chiens dysplasiques ne présentent aucun symptôme évident. Un chien qui ne boite pas n’a donc pas forcément des articulations saines.
À quel âge faire le dépistage radiographique officiel ?
Le protocole de la Société Centrale Canine fixe l’âge minimal à 12 mois révolus. Certains clubs de race recommandent d’attendre 15 mois, idéalement 24 mois, pour bénéficier d’une maturité articulaire complète. Un dépistage précoce, entre 3 et 10 mois, existe à titre indicatif, mais il ne garantit pas la normalité ultérieure.
Deux points de méthode sont non négociables. D’abord, l’anesthésie générale ou la sédation profonde : la SCC rappelle que seul un cliché réalisé dans ces conditions permet d’avoir une idée fiable de l’état des hanches, un chien contracté faussant le positionnement. Ensuite, la lecture est faite par un lecteur officiel agréé, et non par le vétérinaire traitant qui a pris les clichés. En cas de désaccord, un recours est possible : seconde lecture ou appel auprès de la SCC.
Hanche et coude : deux examens, deux protocoles
La hanche s’évalue sur une incidence ventro-dorsale. Le coude demande trois clichés selon le protocole de l’IEWG (International Elbow Working Group). Les calendriers diffèrent selon l’organisme :
| Référentiel | Âge retenu | Clichés du coude |
|---|---|---|
| IEWG / FCI (France) | Dépistage recommandé entre 12 et 18 mois | Trois clichés vers 1 an |
| OFA (États-Unis) | 24 mois pour une certification définitive | Un cliché latéral fléchi à 2 ans |
Demandez systématiquement le dépistage des deux articulations : un résultat de hanche seul ne dit rien des coudes, alors que c’est sur le coude que la race est la plus exposée.
Comment lire les grades A, B, C, D et E ?
La classification officielle de la FCI cote la hanche sur cinq niveaux :
| Grade | Signification | Repère radiographique |
|---|---|---|
| A | Normale | Tête fémorale bien centrée, angle de Norberg d’environ 105°, pas d’arthrose |
| B | Sensiblement normale | Angle de Norberg d’au moins 100°, pas de modification arthrosique |
| C | Dysplasie légère | Mauvais centrage, angle voisin de 100°, signes arthrosiques possibles |
| D | Dysplasie moyenne | Rebord craniolatéral aplati, angle supérieur à 90°, subluxation possible |
| E | Dysplasie sévère | Remodelage net de l’acétabulum ou de la tête fémorale, angle inférieur à 90° |
Le coude est noté ED0, ED1, ED2 et ED3 selon les grades IEWG, certains clubs ajoutant une mention de stade limite. L’arthrose résulte de la dysplasie mais n’est pas elle-même héréditaire, tandis que la dysplasie du coude a une héritabilité modérée à élevée (OFA).
Hérédité et croissance : sur quoi peut-on agir ?
« L’hérédité est le principal facteur de risque isolé », écrit l’ACVS : c’est la sélection des reproducteurs qui pèse le plus, et elle échappe au propriétaire une fois le chiot acheté. Restent les facteurs environnementaux, documentés :
- Vitesse de croissance : une prise de poids rapide par apport excessif augmente le risque ;
- Suralimentation du chiot de grande race, surtout entre 3 et 6 mois ;
- Repas mesurés plutôt qu’alimentation à volonté, ce qui réduit la fréquence des maladies orthopédiques du développement ;
- Score corporel maintenu à 4 sur 9 pendant la croissance.
Ne complémentez jamais un aliment complet en calcium : avant 6 mois, l’absorption intestinale est passive à 70 %, l’excès est absorbé et expose à une maladie orthopédique du développement. Ces mesures réduisent le risque, sans le supprimer.
Le diagnostic est posé : et ensuite ?
La prise en charge se décide au cas par cas, selon l’âge, le grade, le degré d’arthrose et la gêne réelle du chien. Elle relève du vétérinaire, éventuellement d’un chirurgien : aucun protocole à domicile ne doit être improvisé.
Un levier reste entre vos mains, et c’est le mieux étayé. Dans l’étude de Kealy et coll. (JAVMA, 2002), 48 Labradors ont été suivis quatorze ans, l’un des deux frères de chaque paire recevant 25 % de calories en moins dès 8 semaines : la longévité médiane a atteint 13,0 ans contre 11,2 ans, et l’arthrose de la hanche à 10 ans concernait 42 % des chiens restreints contre 79 % des témoins. L’étude porte sur des Labradors, mais l’extrapolation est admise. Notre article détaille ce qui améliore le confort d’un chien atteint d’arthrose.
Comment choisir un chiot au regard de la dysplasie ?
Le dépistage des parents est le seul indicateur objectif disponible avant l’achat. La charte de qualité des éleveurs de l’Union Française pour le Rottweiler engage ses adhérents à ne faire reproduire que des chiens radiographiés pour la hanche et pour le coude ; elle exige la réalisation du dépistage, pas un résultat minimal. Le club du pays d’origine, en Allemagne, va plus loin en plafonnant les grades admis à la reproduction. Demandez donc les documents : un éleveur sérieux les fournit sans réticence.
La dysplasie n’est qu’un chapitre du bilan de santé de la race : notre guide des maladies fréquentes du Rottweiler replace les articulations à côté du cœur et des cancers, et les données de longévité mesurées en clientèle vétérinaire montrent l’ampleur de la dispersion individuelle.
Pour aller plus loin
Questions fréquentes
À quel âge peut-on radiographier les hanches d’un Rottweiler ?
Le dépistage officiel n’est possible qu’à partir de 12 mois révolus selon le protocole de la Société Centrale Canine. Certains clubs de race conseillent d’attendre 15 mois, idéalement 24 mois.
Un Rottweiler qui ne boite pas peut-il être dysplasique ?
Oui. L’American College of Veterinary Surgeons souligne que beaucoup de chiens dysplasiques ne présentent aucun symptôme évident. L’absence de boiterie ne vaut pas absence de dysplasie.
Pourquoi une anesthésie est-elle nécessaire pour le dépistage ?
La Société Centrale Canine indique que seul un cliché réalisé sous anesthésie générale ou sédation profonde permet d’avoir une idée fiable de l’état des hanches. Un chien contracté fausse le positionnement.
La dysplasie du coude est-elle fréquente chez le Rottweiler ?
Le Rottweiler présente l’incidence de dysplasie du coude la plus élevée des 21 races analysées dans la base OFA, jusqu’à 8 %. Les auteurs précisent que ces chiffres, fondés sur des déclarations volontaires, sous-estiment la réalité.
Peut-on contester le résultat d’une lecture ?
Oui, un recours est prévu : une seconde lecture par le même lecteur officiel, ou un appel auprès de la Société Centrale Canine. Vérifiez les modalités en vigueur auprès du club de race.
Sources
- Fédération Cynologique Internationale — classification de la dysplasie de la hanche.
- Société Centrale Canine — protocole de dépistage de la dysplasie coxo-fémorale.
- IEWG et OFA — dépistage et cotation du coude.
- ACVS et Cornell University College of Veterinary Medicine — dysplasie de la hanche.
- PLOS ONE, 2013, suivi des dysplasies dans la base OFA ; Kealy et coll., JAVMA, 2002.
Cœur, croissance, cancers, urgences digestives : passez en revue les points de vigilance dans notre dossier sur la santé du Rottweiler.
Information générale à but pédagogique, non contractuelle. Ces informations ne remplacent pas un avis vétérinaire : consultez votre vétérinaire pour votre chien, et contactez sans attendre un service d’urgence vétérinaire devant un signe inhabituel.

